
Bernard Miège
Photo : Denis Bernier
Monsieur le Recteur de l'Université,
Mesdames et Messieurs les Professeurs, Chers Collègues,
Mesdames et Messieurs les étudiants et participants,
C'est un grand honneur que me fait l'UQAM, avec laquelle j'ai des relations suivies depuis près de trente ans, de me décerner ce prestigieux diplôme de Docteur honoris causa et j'avoue avoir éprouvé une grande émotion lorsque l'annonce de cette cérémonie m'a été faite et tout récemment encore en entrant en séance lorsque je me suis retrouvé avec les autres récipiendaires qui sont tous des personnalités reconnues.
La décision de me conférer ce diplôme ne provient sans doute pas seulement de mes seuls travaux académiques qui d'ailleurs sont beaucoup mieux connus au Québec que dans le reste de l'Amérique du Nord. Les fonctions académiques et les responsabilités institutionnelles qui ont été les miennes ont vraisemblablement joué un rôle, tout particulièrement celles que j'ai exercées dans l'interdiscipline des sciences de la communication (la dénomination varie d'un pays à l'autre : medias studies, information et communication, communications, etc.). Et effectivement, sans l'avoir vraiment choisi, plus agi par les événements que les contrôlant et sans bien en prévoir le cours, je me suis trouvé en phase avec l'émergence difficile, la montée souvent conflictuelle et la diffusion encore relative de formations universitaires spécifiques (mais cette diffusion est maintenant mondiale : j'ai pris part dans les dernières années à l'ouverture de masters autant à Kinshasa qu'à Tunis ou Caracas). Ces formations, dont j'ai eu la chance de suivre de près les évolutions, comportent toutes plus ou moins, à côté des cours théoriques et méthodologiques, une composante professionnalisée ou professionnelle dans l'un ou l'autre des domaines du vaste secteur de la communication; c'est ce qui fait leur richesse et qui attire les étudiantes (surtout) et les étudiants. Mais ce sur quoi je voudrais insister aujourd'hui c'est que ces formations, en général regroupées dans des Départements et même dans des Facultés, présentent des avantages pour l'avancée des connaissances sur l'information – communication, surtout lorsqu'elles proposent des programmes de master et bien sûr de doctorat. Des avantages que l'on ne retrouve pas souvent lorsque l'approche de l'information – communication demeure mono-disciplinaire.
Quels sont donc les atouts proprement scientifiques des travaux réalisés au sein des unités inter-disciplinaires d'enseignement et de recherche. J'en identifierai quatre :
Le premier atout est de bénéficier de connaissances empiriques provenant des multiples contacts et relations avec des professionnels et les organisations professionnelles. Les stages, les enquêtes, les cours confiés à des professionnels, les relations de travail et, reconnaissons-le, le dynamisme et l'appétence de modernité technologique des étudiantes et surtout des étudiants fournissent des matériaux régulièrement remis à jour qui sont une base heuristique pour les recherches. Cet atout n'est pas négligeable, et nous est envié par des universitaires nécessairement plus isolés.
La second atout vient de ce que la composition des unités de formation et de recherche favorise (ce n'est pas automatique, loin de là!), la conduite de travaux fondées sur des méthodologies inter- sciences, Ce que les sciences de la communication ont en propre c'est en effet de pouvoir appliquer des méthodologies inter-sciences à des problématiques transversales, permettent d'appréhender l'information et la communication non de façon globale (comme prétendent le faire un certain nombre de théories générales), mais dans ses manifestations marquantes, parmi lesquelles on citera tout particulièrement :
Le troisième atout des sciences de la communication est qu'elles permettent de mieux appréhender (par exemple via la saisie des stratégies développées par les acteurs sociaux parties prenantes) le fonctionnement des logiques sociales de la communication, sans se limiter à les situer dans leur contexte et sans les réduire à des effets supposés (c'est-à-dire déduits à partir d'une théorie de l'action sociale non explicitée) des actions, des messages ou des techniques mises en œuvre. Trois exemples viendront à l'appui de cette proposition :
Le quatrième atout, enfin, des sciences de la communication est qu'elles introduisent un peu plus de lucidité dans les analyses; elles aident à se prémunir des dérives techno-déterministes ou des discours de la promesse qui occupent le devant de la scène médiatique et même intellectuelle depuis une quinzaine d'années. Comment? En permettant de placer l'émergence des nouveaux médias dans la longue durée, de la situer en référence aux changements des médiations (et non des seuls supports techniques) et de prendre en compte les mutations des pratiques informationnelles et culturelles (qui sont loin de se réduire aux changements des supports dans lesquelles elles s'inscrivent). Sans doute « les ouvriers de la onzième heure » dont parle l'évangéliste Mathieu sont-ils tout autant fondés à traiter de l'information – communication, entrelacs de phénomènes sociaux majeurs dans les sociétés contemporaines que d'autres, sinon plus expérimentés mais ayant du moins affronté ce que ces phénomènes recèlent de complexité. En tout cas on n'en a pas fini dans les Universités à conduire des recherches argumentées et critiques sur ces thématiques.
Je vous remercie sincèrement de l'attention que vous avez bien voulu m'accorder.