
Fernand Leduc
Photo : Denis Bernier
Ma naissance à la création artistique se situe dans les années quarante, avec l'automatisme et l'écriture non préconçue; d'emblée j'ai fait mienne cette assertion du Comte de Lautréamont : « En cours d'exécution de (l'œuvre) aucune attention n'est apportée à son contenu. L'assurance qu'il est fatalement lié au contenant, justifie cette liberté ». Cette plongée dans l'inconnu restera le leitmotiv essentiel de ma démarche artistique, conforté en tout temps par le rappel de cet adage de sagesse tiré du Vedanta indou : « Agis l'acte à agir sans t'attacher au fruit de l'acte ».
Voilà que le fruit inattendu tombe, sa saveur inusitée me surprend, me trouble, et pourtant, m'en délecte d'autant plus, que dès que l'annonce m'a été faite de l'attribution de cette distinction honorifique, a surgi dans ma mémoire une anecdote vécue, édifiante par l'évidente transformation culturelle de notre société québécoise depuis l'événement explosif de la parution de Refus global en 1948. En effet, dès que paru, ce brûlot incendiaire s'est répandu dans les hautes sphères cléricales de l'éducation nationale. Monseigneur, le recteur de l'Université de Montréal (il n'y avait à cette époque que des Monseigneurs qui soient recteurs d'Université) convoqua à son bureau le Dr Arthur Renaud, alors doyen de la faculté dentaire, et lui exhibant l'infâme fascicule : « Lisez! Louise Renaud, Thérèse Renaud, ce sont bien vos filles, n'est-ce pas? Elles ont signé ce texte scandaleux. Vous comprendrez que dans ces circonstances, nous ne pouvons vous attribuer le doctorat honoris causa qui vous a été annoncé. » Dr Renaud ignorait tout de l'engagement subversif de ses filles.
Aujourd'hui, vous honorez un signataire resté fidèle à ce même Refus global, reconnaissant de ce fait qu'il est du rôle de l'artiste de lutter contre le vent, pour la défense de l'homme dans sa quête de liberté et d'authenticité.
Vous me donnez l'occasion de le souligner dans cette enceinte prestigieuse de l'Université du Québec à Montréal. Je vous en remercie.