
Fernand Leduc
Photo : Denis Bernier
L'Université du Québec à Montréal rend hommage aujourd'hui à Fernand Leduc en lui attribuant le titre de docteur honoris causa, par décision de son Conseil d'administration et sur recommandation de sa Faculté des arts. Par ce geste, l'Université veut souligner la contribution exceptionnelle de monsieur Leduc à la peinture et à l'art au Québec et à l'étranger.
Né en 1916, Fernand Leduc est l'une des figures marquantes de la peinture abstraite au Québec. Que ce soit à Paris, où il a vécu plus de 40 ans, ou dans son atelier de la Toscane où il a appris à donner à la peinture «une qualité d'éther», il a effectué tout au long de sa prolifique carrière une recherche approfondie de la couleur et des phénomènes de perception qu'elle engendre. Cette quête patiente, voire mystique, l'a mené chaque jour davantage vers la lumière comme sujet unique du tableau.
Entré à l'École des beaux-arts de Montréal en 1938, Fernand Leduc fait la connaissance de Paul-Émile Borduas trois ans plus tard. Le premier grand choc se produit lors de la présentation des gouaches de Borduas à l'Ermitage, en 1942. À partir de là, il sera de toutes les manifestations du groupe des Automatistes, au sein duquel il s'imposera comme une sorte de théoricien doublé d'un propagandiste. C'est d'ailleurs dans son atelier qu'a germé l'idée d'un manifeste, annonçant Refus Global, texte incendiaire qui s'attaque à la culture asphyxiante de l'époque et dont il est l'un des seize signataires aux côtés de Jean-Paul Riopelle, Marcel Barbeau, Marcelle Ferron, Pierre Gauvreau et Jean-Paul Mousseau, entre autres.
Mais à la publication de Refus Global, en 1948, Fernand Leduc est déjà à Paris où il a rejoint la poète Thérèse Renaud qu'il épouse. C'est là qu'il organise la première exposition canadienne outre-Atlantique, faisant ainsi découvrir au public français les œuvres du groupe automatiste. Par la suite, il expose dans plusieurs galeries du Quartier latin, fréquente un temps les surréalistes et fait plusieurs rencontres importantes, dont celle du penseur Raymond Abellio qui aura une grande influence sur lui.
Malgré cette activité fébrile à l'étranger, Fernand Leduc ne s'est jamais considéré comme un déraciné. «Je traîne mon Québec avec moi», a-t-il coutume de répéter. À Montréal, où il revient régulièrement, il noue des amitiés avec certains membres du groupe des Plasticiens. En 1956, il fonde avec ceux-ci l'Association des artistes non figuratifs de Montréal, dont il devient le premier président.
À partir des années 60, son travail se précise en faveur d'une abstraction construite, ce qui le conduit aux fameuses Microchromies que l'on retrouvera sur les cimaises du Musée d'art contemporain de Montréal en 1980. Ce changement radical dans la direction de sa peinture déconcerte la critique qui mettra encore dix ans avant de saisir pleinement le cheminement de cet artiste qui a pris des risques, tout en «se donnant constamment des impossibilités», constatait-il lui-même, en 1990.
Certains artistes choisissent des chemins escarpés, en accord avec l'esprit de liberté, la soif d'idéal et l'intégrité qui les habitent. C'est le cas de Fernand Leduc, que Claude Gauvreau admirait depuis le début, et dont l'apport essentiel à l'histoire de l'art du Québec et du Canada est enfin reconnu.
Après le Musée des beaux-arts de Chartres, et le Musée du Nouveau Monde de La Rochelle, qui lui ont tous deux offert une rétrospective, le Musée du Québec vient de lui consacrer une importante exposition intitulée Fernand Leduc> – Libérer la lumière.
L'aîné du groupe des Automatistes s'est également distingué en remportant de nombreux prix et distinctions, dont le prestigieux Prix Paul-Émile-Borduas, l'un des Prix du Québec, en 1988. Ses œuvres font partie non seulement des collections les plus importantes des musées canadiens et européens, dont le Musée d'art moderne de la Ville de Paris, mais également de nombreuses collections privées.
Pour son apport original à la peinture contemporaine, pour son humanisme, pour son engagement indéfectible à la cause de l'art, et pour sa contribution à la libération de l'expression picturale au Québec, l'Université du Québec à Montréal veut honorer et saluer Fernand Leduc, docteur honoris causa.