
Manuel Castells
Photo : Denis Bernier
L'Université du Québec à Montréal rend hommage aujourd'hui à Manuel Castells en lui attribuant le titre de docteur honoris causa, par décision de son Conseil d'administration et sur recommandation de la Télé-université, l'université à distance de l'UQAM. Par ce geste, l'Université veut reconnaître un pionnier, le premier grand théoricien de l'ère du cyberespace.
Sociologue de réputation internationale, professeur à l'Université de Californie à Berkeley et cofondateur de l'Universitat Oberta de Catalunya, le professeur Castells a fait de l'impact social des nouvelles technologies et de l'Internet son terrain de recherche. Dans des ouvrages qui ont fait immédiatement autorité à travers le monde, il a exploré les transformations sociales, économiques, politiques et culturelles que l'avènement de la «société en réseaux» a provoquées.
Né en 1942, Manuel Castells est d'origine catalane. Après des études en économie et en droit à l'Université de Barcelone, il fuit l'Espagne de Franco à l'âge de 20 ans, pour se réfugier en France où il obtient son doctorat en sociologie et un doctorat en sciences humaines de l'Université de Paris-Sorbonne.
Professeur adjoint à l'Université de Montréal en 1969, il enseigne ensuite à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris et à l'Université autonome de Madrid.
Outre son poste à Berkeley, il est aujourd'hui titulaire de la Chaire de Technologie des communications et société de l'Université de la Californie du Sud et professeur invité de «Technologie et Société» au Massachusetts Institute of Technology.
Terminé en 1998, son grand ouvrage en trois tomes, L'ère de l'information, a été plusieurs fois réédité et traduit en plus de vingt langues. Ses analyses et ses thèses ont été reprises de manière plus accessible dans La galaxie Internet traduit en français en 2002. Depuis sa parution l'ouvrage a fait grand bruit. «De la même manière qu'Adam Smith a expliqué comment fonctionnait le capitalisme, et Karl Marx pourquoi il ne fonctionnait pas, Manuel Castells explique aujourd'hui les relations sociales et économiques de l'ère de l'information», écrivait le Wall Street Journal.
Pour le professeur Castells, l'émergence d'Internet est l'occasion unique de passer d'une société hiérarchique à une société en réseaux. Dans un contexte où les flux planétaires d'information et la décentralisation des savoirs favorisent une nouvelle liberté d'expression, il s'est penché sur l'histoire récente, la culture et les caractéristiques des communautés virtuelles, leur rapport à la société civile, au multimédia, à la géographie. Internet, conclut-il, est un outil de liberté face à l'État tant que son espace est préservé et reste accessible au plus grand nombre.
Sensible aux inégalités que la «fracture technologique» peut perpétuer et même accentuer, Manuel Castells voit dans l'éducation – et la formation continue en particulier – un moyen de réduire l'écart entre les «inforiches» et les «infopauvres». Son implication dans la création de l'Université ouverte de Catalogne n'est pas étrangère à cette conviction. Dans la conclusion de La galaxie Internet, il identifie d'ailleurs l'éducation comme l'un des défis majeurs de la société en réseaux.
«J'entends par éducation, écrit-il, la capacité intellectuelle d'apprendre tout au long de sa vie, à aller chercher des informations mises en mémoire sous une forme numérique et à produire grâce à elles un savoir utile à l'objectif que l'on s'est fixé.»
Manuel Castells est membre fondateur du Conseil scientifique du Conseil européen de recherche de la Commission européenne. Il a reçu 14 doctorats honorifiques de tous les coins du globe. Chevalier des Arts et des lettres du Gouvernement français, il est également membre de l'Académie Royale espagnole de sciences économiques et membre de l'Académie Européenne.
Pour sa contribution au débat sur l'avenir de l'éducation à travers le monde, pour son esprit visionnaire, pour sa compréhension profonde des nouveaux enjeux sociaux à l'ère d'Internet, l'Université du Québec à Montréal veut honorer et saluer Manuel Castells, docteur honoris causa.