
Tirril Olivia Harris
Photo : Denis Bernier
L'Université du Québec à Montréal rend hommage aujourd'hui à Tirril Olivia Harris en lui attribuant le titre de docteure honoris causa, par décision de son conseil d'administration et sur recommandation de sa Faculté des sciences humaines. Par ce geste, l'Université veut souligner la longue et remarquable carrière de madame Harris en recherche sociale en santé.
Née en Angleterre, madame Harris est diplômée des universités d'Oxford et de Londres en philosophie, politique, économique et psychologie et Honorary Research Fellow du Centre de recherche socio-médicale de l'école de médecine Guys Kings and St-Thomas de Londres.
L'une des premières femmes à s'illustrer dans le champ des études psychosociales, elle a passé la majeure partie de sa carrière, qui s'étend sur plus de quatre décennies, au Bedford College de l'Université de Londres où elle a surtout travaillé avec George W. Brown, sur les événements de vie comme déclencheurs d'épisodes de dépression.
Auteure ou co-auteure de plus d'une dizaine de livres et d'une soixantaine d'articles, Tirril Harris a révolutionné notre conception de la psychopathologie du développement, en démontrant notamment le lien qui existe entre la dépression chez l'adulte et la perte de la mère en bas âge. On croyait, jusqu'alors, que les événements de la perte étaient plus importants que la qualité des soins quotidiens, reçus du parent tuteur, pour la santé mentale de l'enfant. Les découvertes de madame Harris ont bouleversé radicalement cette conception.
En 1978, avec son collègue George W. Brown, elle publie The Social Origins of Depression, un ouvrage phare encore cité aujourd'hui dans les facultés de psychiatrie du monde entier. Conjointement avec les membres de leur équipe, Harris et Brown ont mis au point le très réputé «Life Events and Difficulties Schedule» (LEDS), un instrument de recherche destiné à évaluer la gravité des événements marquants chez un individu. Dans son centre de recherche du Bedford College, mais aussi à l'étranger et notamment à Montréal, madame Harris a formé de nombreux chercheurs dont plusieurs Québécois, qui font maintenant carrière en milieu universitaire.
Dans un champ d'étude trop souvent dominé par les sensibilités masculines, Tirril Harris s'est également distinguée par l'attention soutenue qu'elle a portée à la santé des femmes. Dans le cadre de ses recherches sur les événements de vie, elle s'est ainsi attachée aux désordres du cycle menstruel. Elle a établi le lien entre l'aménorrhée secondaire et les événements qui posent un défi pour les femmes, comme un examen universitaire, un nouvel emploi, un poste à l'étranger.
Cette chercheuse de premier rang, reconnue internationalement, s'est aussi interrogée sur les cas spécifiques de résilience féminine et a découvert qu'une intervention de marrainage pouvait grandement aider les femmes à se sortir d'épisodes de dépression chronique – des résultats qui ont fait l'objet de deux articles dans le réputé British Journal of Psychiatry en 1999.
Toujours au chapitre des origines de la dépression, les travaux de Brown et Harris ont mis en évidence le rôle que pouvait jouer un événement humiliant dans le déclenchement de la maladie. Ces résultats ont permis de garder à l'avant-plan les facteurs psychosociaux dans l'apparition de la dépression, au moment où les paradigmes biologiques et génétiques commençaient à s'imposer unilatéralement en recherche.
Pour ses travaux universellement reconnus dans le champ de la psychiatrie sociale, pour son apport inestimable au chapitre de la santé mentale des femmes, pour sa collaboration à la formation de nombreux chercheurs québécois, l'Université du Québec à Montréal veut honorer et saluer Tirril Olivia Harris, docteure honoris causa.