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UQAM ›  Nouvelles ›  L'UQAM décerne un doctorat honoris causa à Jacques Bouveresse, philosophe français et professeur au Collège de France

Jacques Bouveresse
Jacques Bouveresse
Photo : Denis Bernier

Hommage à Jacques Bouveresse

L'Université du Québec à Montréal rend hommage aujourd'hui à Jacques Bouveresse en lui attribuant le titre de docteur honoris causa, par décision de son Conseil d'administration et sur recommandation de sa Faculté des sciences humaines. Par ce geste, l'Université veut souligner la rigueur de l'œuvre philosophique du professeur Bouveresse et son importance dans l'univers de la philosophie de langue française.

La carrière de Jacques Bouveresse se distingue par la distance ironique qu'il a observée face aux grands maux de la philosophie et sa méfiance à l'égard des idées à la mode et de l'académisme momifié. Contre l'esthétisation de la pensée philosophique, il choisit très tôt la clarté, la précision et la modestie intellectuelles. Quarante ans d'enseignement, une trentaine de livres et près de 200 articles lui ont assuré un public fidèle en France et des amis un peu partout dans le monde, y compris au Québec, où nous avons le plaisir de l'accueillir cette année, dans le cadre de la Convention entre les universités québécoises et le Collège de France.

Né en 1940 sur les plateaux du Jura français, dans une famille paysanne de neuf enfants, vous partagez avec votre défunt ami Pierre Bourdieu des origines modestes. Après des études au Petit Séminaire de Besançon, vous entrez en 1961 à l'École Normale Supérieure où, dans un cours de Jules Vuillemin, vous entendez parler pour la première fois de Frege, Russell et Wittgenstein.

Vous vous tournez alors vers la philosophie analytique comme seul moyen d'échapper aux courants dominants qui, sous l'emprise du structuralisme, de l'heideggerianisme ou de l'optique althussérienne, envahissent alors les couloirs de la rue d'Ulm. Attiré par le rationalisme satirique, vous vous réclamez de Sterne, Lichtenberg et bien sûr de Ludwig Wittgenstein – votre maître à penser –, des esprits originaux, largement méconnus de vos collègues français.

Aux yeux de Jacques Bouveresse, la philosophie analytique possède le mérite d'effectuer un travail méticuleux qui permet des avancées limitées mais réelles, modifiables au fil des discussions entre chercheurs. Le professeur Bouveresse se fait l'apôtre de cette attitude « professionnelle » qui consiste, pour le philosophe, à faire correctement son métier, avec le même souci d'efficacité dont on peut faire preuve dans n'importe quelle affaire professionnelle bien menée.

Avec la publication, en 1976, du Mythe de l'intériorité consacré à Wittgenstein, Jacques Bouveresse devient une autorité internationale sur l'auteur du Tractatus. Il s'intéresse également à Karl Krauss et à Robert Musil, en vertu du droit – pour reprendre ses propres termes – « de trouver de la philosophie là où le milieu n'en cherche pas ».

Un des premiers Français à se pencher sur la tradition philosophique autrichienne, vous vous insurgez contre le provincialisme de l'imaginaire philosophique français et son penchant pour ce que Musil appelle « les grandes envolées de l'esprit ». Contre la « pensée ivre », vous prescrivez le souci de la réalité, voire l'amour pour elle, qui vous conduit à vous défier de tous les idéalismes.

« Il y a dans la communauté philosophique, avez-vous dit, beaucoup trop de réflexes et d'automatismes qui sont de nature religieuse, en particulier une tendance à adorer les héros et les saints du moment, d'une manière à les soustraire une fois pour toutes à la critique réelle. »

Agacé devant la montée du néo-conservatisme dans les facultés et plus particulièrement par le repositionnement à droite de certains intellectuels, vous dénoncez le sentiment antidémocratique qui règne au sein de la tribu intellocrate et le peu d'espace qui est laissé – dans les médias, entre autres, – à la critique réelle. Plus que jamais opposé à une « philosophie échevelée » qui liquide les valeurs humanistes du rationalisme issu des Lumières, vous estimez avec Rorty que la démocratie est plus importante que la philosophie.

Le professeur Bouveresse enseigne au Collège de France où il a créé, en 1995, la chaire de Philosophie du langage et de la connaissance.

Pour sa contribution exceptionnelle à la défense et à la promotion de la philosophie analytique en France et dans la francophonie, pour sa résistance à tous les conformismes et son combat contre une certaine forme de terrorisme intellectuel, l'Université du Québec à Montréal veut honorer et saluer Jacques Bouveresse, docteur honoris causa.

Au nom de l'Université du Québec à Montréal, Mme la Rectrice par intérim, je vous invite à conférer, en séance solennelle, un doctorat honorifique à Jacques Bouveresse.

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 23 mai 2007