
Réal Raymond
Photo : Denis Bernier
Mesdames et messieurs les vice-rectrices et vice-recteurs,
Madame la doyenne et messieurs les doyens,
Monsieur le président du Conseil d'administration,
Chers membres du corps professoral,
Distingués invités,
Chers amis,
J'ai le privilège aujourd'hui de recevoir un des plus grands honneurs que puisse recevoir un individu : un doctorat honorifique d'une grande université. Un témoignage d'appréciation qui est pour moi pratiquement sans équivalent. Mais un témoignage qui me pousse non seulement à faire une sorte de bilan mais aussi le constat suivant : je vieillis. C'est là le seul inconvénient à cette grande marque d'estime. Mais je me compte extrêmement chanceux d'être l'objet d'un tel honneur.
Le poète grec Aristophane disait que former les hommes, ce n'est pas remplir un vase, c'est allumer un feu. Je ne sais pas si cette métaphore peut s'appliquer à tout le monde mais je peux vous dire avec certitude qu'elle s'applique à moi. Il y a 20 ans, j'ai reçu à l'UQAM, une prodigieuse dose d'énergie.
En effet, au milieu des années 80, j'ai eu la chance d'étudier à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM pour y obtenir une maîtrise en administration des affaires. J'oeuvrais à l'époque au Service aux grandes entreprises de la Banque et je pensais que des connaissances plus pointues en gestion ne pouvaient que m'aider à progresser dans ma carrière. Le MBA était un diplôme particulièrement recherché à l'époque et des gens très doués le convoitait. La Banque m'avait appuyé en m'accordant un congé tout en m'assurant qu'un poste intéressant m'attendrait à mon retour.
À l'UQAM, j'ai rencontré des gens qui ont marqué mon existence et qui m'ont effectivement aidé à devenir un meilleur gestionnaire et, aussi, ce qui n'est pas négligeable, une meilleure personne. Des professeurs bien sûr, à qui je dois une approche beaucoup plus systématique et plus élaborée de l'administration et ce bagage de connaissances dont le banquier en moi a su tirer profit. Des confrères également, sans l'apport desquels ces études avancées n'auraient pas eu le même impact. Au MBA comme dans la plupart des entreprises, le véritable succès est toujours la conséquence d'un travail collectif.
Mais le plus grand bénéfice de ce passage à l'École de gestion de l'UQAM a été l'inspiration extraordinaire que j'y ai trouvée pour amorcer la deuxième phase de ma carrière à la Banque Nationale, pour entreprendre la deuxième étape qui m'a conduit, de fil en aiguille, de promotion en promotion, jusqu'à la présidence. Sans doute le feu brûlait-il en moi aurait dit Aristophane ...
En plus d'y parfaire mes propres connaissances, j'ai trouvé à l'UQAM plusieurs collègues de grand talent qui occupent aujourd'hui des postes stratégiques dans notre organisation. J'y ai aussi contracté une dette, une dette morale envers ceux qui m'ont formé, qui m'ont donné la chance d'apprendre et de me développer. Une dette d'autant plus grande que la contribution de l'UQAM à l'essor de la Banque Nationale est loin de se limiter à mon seul développement.
En réalité, une bonne partie de notre réussite des dernières années incombe à l'UQAM. Cela tient à deux facteurs : au rôle et au leadership qu'exerce cette institution depuis sa création à la fin des années 60 mais également à sa contribution directe à la formation continue des employés de la Banque.
Parlons d'abord du leadership assumé depuis quatre décennies par la vénérable institution. Ce n'est pas exagéré d'énoncer que la fondation de l'UQAM a été un moment fort de l'histoire du Québec.
L'avènement de l'UQAM et du réseau des universités du Québec à la fin des années 60 s'inscrit comme une étape cruciale de la Révolution tranquille avec la création d'un véritable ministère de l'éducation et la création des CÉGEPS. En fait, pendant qu'on redonnait aux francophones le contrôle de l'État et de paliers entiers de l'économie en créant, entre autres, des organismes comme la Caisse de Dépôt de Placement ou encore la SGF, on élargissait considérablement l'accès à l'éducation jusque-là limité à l'élite. C'était le pré-requis pour développer une société moderne et dynamique.
Et l'afflux de diplômés formés par ce réseau collégial et universitaire a éventuellement permis à des entreprises comme la nôtre de croître et de prospérer. En réalité, je crois que sans l'apport inestimable de ce réseau qui a fourni des milliers de diplômés compétents depuis sa création, le phénomène qu'on a appelé le Québec inc. n'aurait peut-être jamais existé. Sa contribution a donc été essentielle à l'évolution du Québec et au développement de son économie.
Ce qui est vrai pour la collectivité, l'est également pour les organisations. Ça l'est en particulier dans le cas de la Banque Nationale.
Il y a une douzaine d'années, la Banque a fait sa petite Révolution tranquille en donnant accès à l'éducation à des milliers d'employés. Et c'est encore l'UQAM qui a été au cœur de cette révolution. C'est le PUB qui a été à l'origine de cette révolution.
Rassurez-vous, malgré son nom, le PUB n'est pas un nouveau Café Campus pour étudiants en manque de houblon ni une filiale brassicole méconnue de la Banque…. Le PUB, c'est le « Programme universitaire Banque Nationale » que nous avons mis sur pied en collaboration avec l'Institut des banquiers canadiens, l'UQAM et le réseau des universités du Québec. Le PUB, c'est aussi le plus important investissement jamais réalisé par la Banque dans le secteur de la formation de la main-d'œuvre. Un investissement qui, à l'image de l'expérience québécoise en matière d'éducation dans les années 60, a été un des plus fructueux de notre histoire.
Les résultats se comptent, bien sûr, en savoir et en connaissances. Depuis 11 ans, 4625 employés ont été admis à un programme de premier cycle et 650 à un programme de deuxième cycle.
Au total plus de 1475 d'entre eux ont obtenu un diplôme de premier cycle et près de 400 ont reçu un diplôme de 2e cycle pour un grand total de près 1900 diplômés. Mais les résultats se comptent aussi en dollars. L'une des conséquences de cet investissement a été de transformer radicalement la Banque.
Des employés mieux formés, capables de mieux comprendre le fonctionnement de l'industrie ainsi que les grands enjeux économiques sont par définition plus efficaces et plus créatifs. Ils créent les conditions permettant d'améliorer le service à la clientèle, deviennent plus productifs, produisent plus de valeur pour les actionnaires et, en bout de piste, enrichissent toute la collectivité. Des bénéfices qui peuvent être, en bonne partie, attribuables au PUB et à nos liens étroits avec l'UQAM.
L'exemple de la Banque démontre une fois de plus que le corollaire entre l'éducation et le niveau de vie et l'enrichissement existe bel et bien. C'est d'ailleurs un axiome qui prend encore davantage d'importance dans notre monde de changements effrénés ou la formation est plus que jamais le pivot du développement.
« L'illettré du futur ne sera pas celui qui ne sait pas lire. Ce sera celui qui ne sait pas comment apprendre » mentionnait dans les années 60 Alvin Toffler, dans le Choc du futur. C'était une affirmation on ne peut plus prémonitoire.
Dans notre monde en constante mutation et où les frontières économiques disparaissent, les gagnants ce sont ceux qui ont fait de l'innovation un avantage comparatif, un atout concurrentiel. Les artisans de ce monde en rapide transformation sont ces esprits ouverts, allumés, capables de digérer l'information rapidement et d'en créer de nouvelles. Garder un pied à l'école, prendre le virage de la formation continue, c'est le seul espoir de ceux qui veulent développer ou conserver leur faculté d'apprendre…
Les universités comme l'UQAM seront donc plus que jamais sollicités dans les années qui viennent. Elles ont été au cœur de la modernisation du Québec, elles seront également le pilier de son avenir.
Sur elles repose notre capacité de créer et d'innover, d'imaginer le monde de demain. Notre capacité de trouver des solutions aux problèmes de santé, d'environnement, de politique, d'économie et de société.
Cette mission est considérable et lourde à porter. D'où l'importance de soutenir plus que jamais l'UQAM particulièrement au moment où je vous parle, alors qu'elle vit une période difficile. C'est le temps comme jamais d'appuyer cette institution qui a tellement donné au Québec, comme elle a donné à la Banque et à votre humble serviteur…
C'est également dans cette perspective que j'ai accepté en 2002 d'être président de la campagne majeure de financement intitulé, « Prendre position pour l'UQAM ». Pour faire écho à cette mission cruciale de l'université, à ces défis considérables qu'elle doit relever pour répondre à nos besoins collectifs.
Aujourd'hui, ironiquement, c'est l'UQAM qui prend position pour moi. Qui décide de m'honorer. C'est le monde à l'envers, puisque c'est moi qui suis redevable à l'UQAM.
En effet, je ne pouvais rêver d'un plus grand honneur que celui que me fait l'Université. Pour moi qui suis à l'aube de la retraite, ce doctorat est comme une belle conclusion. La conclusion d'une merveilleuse carrière qui m'a permis de réaliser mon plein potentiel dans une entreprise formidable entouré de collègues généreux et compétents. La conclusion d'une carrière que l'UQAM a grandement favorisée en m'accueillant entre ses murs il y a 20 ans.
En terminant, je m'en voudrais de ne pas remercier tous ceux et celles qui m'ont appuyé et aidé pendant toutes ces années. Je pense en particulier à mes professeurs, à mes collègues, à ma famille et surtout à mon épouse Élaine.
En fait, comme on apprend au MBA, la réussite est d'abord un travail d'équipe. De sorte que le mérite de ce diplôme honorifique leur revient donc également à eux aussi.
Je fais maintenant parti d'un club très sélect. Celui des rares personnes ayant reçu le plus grand honneur qu'une université puisse rendre à un individu. C'est un privilège qui me procure une immense fierté et je promets de m'en montrer digne.
Merci.