L'Université du Québec à Montréal rend hommage aujourd'hui à Juan E. Méndez en lui attribuant le titre de docteur honoris causa, par décision de son conseil d'administration et sur recommandation de sa Faculté de science politique et de droit. Par ce geste, l'Université veut souligner le courage et la détermination dont a toujours fait preuve Monsieur Méndez dans sa lutte pour la défense des droits et libertés de la personne.
Né à Lomas de Zamora, en Argentine, Juan E. Méndez a complété un baccalauréat en droit à l'Université catholique de Stella Maris, avant d'obtenir son certificat du Washington College of Law de l'American University, en 1980. Son cheminement est celui d'un professionnel engagé, militant pour l'émergence d'un nouveau droit international qui tienne compte des mécanismes de la réconciliation, mais qui ne permette pas aux criminels de guerre de négocier leur impunité.
Jeune avocat à l'époque de la dictature militaire dans son pays, Monsieur Méndez a été arrêté, emprisonné et torturé pendant un an et demi pour avoir défendu des prisonniers politiques. Cette détention administrative attira l'attention d'Amnistie International qui l'adopta alors comme « prisonnier de conscience ». À sa libération, à la fin des années soixante-dix, il s'établit aux États-Unis.
Sorti de l'enfer de la dictature, M. Méndez aurait pu exercer sa profession sans se soucier des problèmes du monde. Il a plutôt choisi de faire de chaque jour de sa vie une victoire contre la répression. Au début des années 1980, devant la Cour interaméricaine des droits de l'homme de l'Organisation des États américains, il a plaidé la cause de Velasquez Rodriguez contre le Honduras. À cette occasion, il a réussi à démontrer la responsabilité de l'État envers les personnes soumises aux exactions de groupes paramilitaires qui commettent des enlèvements ou des exécutions sommaires. La décision du tribunal dans l'affaire Velasquez Rodriguez a fait jurisprudence et, de ce fait, changé la pratique du droit international dans le monde entier.
Durant la décennie suivante, M. Méndez ne se contente pas d'être un pilier du système interaméricain des droits de la personne, il contribue également à mettre sur pied une série d'organisations non gouvernementales extrêmement importantes. C'est ainsi que, pendant quinze ans, il a œuvré à America Rights Watch - qui deviendra Human Rights Watch -, un organisme mondialement reconnu dont il est devenu le conseiller général en 1994.
En 1996, on le retrouve au Costa Rica, comme directeur de l'Institut interaméricain des droits de l'homme, un centre de recherche où il poursuit son travail de réflexion en tant que scientifique. À l'orée du nouveau millénaire, il revient à la Commission interaméricaine des droits de l'homme, d'abord à titre de commissaire, puis comme président, à compter de 2002.
En 2004, il accède à la présidence de l'International Center for Transitional Justice, un organisme non gouvernemental venant en aide aux pays qui ont besoin de confronter leur passé, dans un contexte où des crimes violents contre la personne ont été commis. Quelque temps plus tard, il est nommé par M. Kofi Annan conseiller spécial pour la prévention du génocide, auprès du Secrétaire général des Nations Unies. Comme juriste, M. Méndez avait réclamé à plusieurs reprises la création d'un tel organisme de surveillance. Son rôle au sein de l'ONU lui permet désormais d'en référer directement au Secrétaire général et au Conseil de sécurité dès l'apparition de situations qui pourraient éventuellement déboucher sur un génocide.
La carrière universitaire de M. Méndez est allée de pair avec son engagement dans la défense des droits et liberté. Jusqu'en 2004, il fut professeur de droit et directeur du Center for Civil and Human Rights, à l'Université Notre Dame dans l'Indiana. Il a également enseigné le droit international en lien avec les droits de l'homme, à la Georgetown Law School ainsi qu'à la John Hopkins School of Advanced International Studies. Il enseigne toujours régulièrement à Oxford en Angleterre, au Masters Program in International Human Rights Law. Il a reçu plusieurs distinctions dont les plus récentes sont le « Monsignor Oscar A. Romero Award for Leadership in Service to Human Rights » de l'Université Dayton et le « Jeanne and Joseph Sullivan Award » de la Heartland Alliance.
Pour son rôle dans l'instauration d'un système de justice internationale équitable, pour son travail inlassable en vue de sauver des vies humaines, pour son implication dans le système interaméricain de protection des droits de la personne, l'Université du Québec à Montréal veut honorer et saluer Juan E. Méndez docteur honoris causa.