Le 3 janvier 2008 – Les compagnies pharmaceutiques dépensent aux États-Unis deux fois plus d'argent dans la promotion de leurs produits que pour la recherche et le développement. Telle est la conclusion de Marc-André Gagnon, chargé de cours aux départements de sociologie, science politique et sciences économiques et principal auteur d'un article publié aujourd'hui dans le journal scientifique PLoS Medicine. Cet article, cosigné avec Joel Lexchin de York University, fait état des résultats d'une étude pour calculer de manière systématique les sommes totales consacrées à la promotion des produits pharmaceutiques.
L'étude The Cost of Pushing Pills
À la base de cette étude, il y a un d'un débat vieux de 50
ans pour déterminer si l'industrie pharmaceutique repose sur l'innovation
ou sur le marketing. Selon les données colligées par la firme IMS,
spécialisée dans le marketing pharmaceutique et qui fait
autorité en la matière, les compagnies pharmaceutiques
dépensent davantage en recherche et développement qu'en
promotion des produits. Toutefois, IMS n'intègre pas toutes les
catégories de promotion, comme les essais cliniques de phase IV ou
les dîners-conférences à des fins promotionnelles,
dont le nombre est passé de 120 000 en 1998 à 371 000 en 2004.
De plus, leurs chiffres proviennent essentiellement de sondages
réalisés auprès de compagnies pharmaceutiques et ne
peuvent être confirmés par des sources indépendantes.
Les chercheurs Gagnon et Lexchin ont donc décidé de comparer ces données avec celles de la firme CAM, une compagnie d'étude de marché qui, par des sondages auprès des médecins, détermine les dépenses de promotion de l'industrie pharmaceutique. Des écarts importants apparaissent alors entre les données, selon les catégories de promotion.
Après comparaison, les dépenses de promotion pharmaceutique aux États-Unis en 2004 sont estimées à 57,5 milliards de dollars alors que les dépenses en recherche et développement sont de l'ordre de 29,6 milliards de dollars. Pour 2004, les auteurs estiment que l'industrie a dépensé en moyenne 61 000 dollars par médecin pour faire la promotion de ses produits. Les auteurs précisent aussi que leurs résultats n'incluent pas certaines autres dépenses promotionnelles non-repérables comme la promotion de médicaments pour des usages non-reconnus (off-label) et les pseudo-publications scientifiques à des fins promotionnelles.
Proportionnellement aux ventes domestiques aux États-Unis de 235 milliards de dollars, la promotion repérable des produits pharmaceutiques représente donc 24,4 % du chiffre d'affaires de l'industrie, comparativement à 13,4 % pour la recherche et le développement. À la lumière de ces chiffres, les chercheurs concluent que dans l'industrie pharmaceutique actuelle, la promotion et le marketing jouent une part beaucoup plus importante que la recherche et le développement, contrairement à ce que prétend l'industrie. Enfin, les résultats de cette étude, obtenus par le recours à des données systématiques colligées auprès de l'industrie et des médecins, offrent un argument de taille afin de réformer l'industrie pharmaceutique vers davantage de recherche et moins de promotion.
Lien Internet sur PLoS Medicine :
The Cost of Pushing Pills : A New Estimate of Pharmaceutical Promotion
Expenditures in the United States
medicine.plosjournals.org
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Source : Claire Bouchard, conseillère en relations de presse
Division des relations avec la presse et événements spéciaux
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