Le 26 août 2009 — Daniele L. Pinti, professeur au Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère et chercheur au Centre de recherche en géochimie et géodynamique UQAM-McGill (GEOTOP) vient de publier les résultats d'une étude sur la roche Apex chert dans le numéro de septembre de la prestigieuse revue scientifique Nature Geoscience. Ses résultats relancent la controverse autour de cette roche, l'une des plus étudiées au monde.
L'Apex chert
Vieille de 3,5 milliards d'années, Apex chert est une roche que l'on trouve
dans le grand désert Pilbara en Australie de l'Ouest. D'aspect presque banal
cette roche contient toutefois des filaments de carbone, découverts il y a
plus de 25 ans par le professeur William J. Schopf de l'Université de
Californie et considérés comme étant les fossiles les plus
anciens sur Terre, d'où l'intérêt des scientifiques.
Dans les années 90, le professeur Schopf avait suggéré que les fossiles en question représentaient des restes de cyanobactéries. Ces organismes, encore aujourd'hui présents sur Terre, sont capables de fixer le carbone via la photosynthèse. Ils sont souvent liés à l'apparition de l'oxygène sur notre planète. La découverte de la présence de cyanobactéries sur Terre, il y a 3,5 milliards d'années, constituait une percée importante pour les géologues et microbiologistes en quête de l'apparition et de l'évolution de la vie.
Mais ces résultats ont été contestés récemment par plusieurs scientifiques. En effet, ceux-ci considèrent ces filaments non pas comme des restes de cyanobactéries mais plutôt comme des filaments de carbone inorganique issus de sources hydrothermales chaudes. Ainsi en 2002, le chercheur Martin Brasier de l'Université d'Oxford avait conclu que la silice composant le chert (le chert est une roche presque entièrement faite de silice micro-crystalline) était le produit de fluides hydrothermaux à des températures supérieures à 250šC, un habitat très hostile aux cyanobactéries.
L'étude de Daniele L. Pinti
Le professeur Pinti et ses collaborateurs, Raymond Mineau du Laboratoire
de microanalyses, micromanipulations et cryo-observations (LAMIC) du GEOTOP
et Valentin Clement de l'Institut de Physique du Globe de Paris, ont étudié
non pas les filaments mais le contenu minéralogique de la roche. Ils ont
découvert des signes d'altération tardive de la roche et des artefacts
ressemblant à des microfossiles. Leurs résultats remettent en question
à la fois la découverte de William Schopf et les affirmations de Martin Brasier.
En effet, ces résultats présentent une association minérale indiquant que la roche a subi une forte altération hydrothermale à basse température entre 60 et 150šC, ce qui contredit l'étude de Martin Brasier.
De plus, pour la première fois, et grâce au pouvoir d'agrandissement de la sonde du LAMIC, l'équipe du professeur Pinti a pu observer des structures faites de silice de très petite taille (souvent inférieures au micromètre ou 1/1000 de millimètre) qui ressemblent à des tapis bactériens ou des microfossiles. Certaines de ces microstructures pourraient être de vrais microfossiles mais elles montrent un niveau de complexité morphologique très élevé, difficile à associer à des organismes aussi primitifs que les cyanobactéries décrite par le professeur Schopf. Ces microfossiles pourraient être des restes d'organismes plus récents ayant colonisé la roche à travers des microfissures.
Le professeur Pinti et ses collègues concluent leur étude en suggérant que l'altération de la roche est tellement élevée qu'il est presque impossible que l'Apex Chert ait pu préserver des formes anciennes de vie, comme les cyanobactéries. Ils avancent également que les futures recherches sur l'ApexChert devraient porter, non pas sur les filaments de cette roche, mais plutôt sur son contenu minéralogique.
Lien Internet vers l'article :
Hydrothermal
alteration and microfossil artefacts of the 3,465-million-year-old Apex chert
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Source : Claire Bouchard, conseillère en relations de presse
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